Rapport 2008 sur La Liberté Religieuse au Maroc
La Constitution prévoit la liberté de pratiquer sa propre religion. L’Islam est la religion officielle de l’Etat et le Roi est le "Commandeur des Croyants et le Représentant suprême de la nation musulmane." Les communautés étrangères non musulmanes pratiquent ouvertement leurs croyances.
L’Etat n’a introduit aucun changement concernant le statut du respect de la liberté de culte durant la période couverte par le présent rapport. Il pose certaines restrictions sur la documentation religieuse non islamique et le prosélytisme. Plusieurs petites minorités religieuses sont tolérées, avec divers degrés de restriction officielle. L'Etat supervise les activités des mosquées et pose certaines restrictions aux musulmans et aux organismes religieux dont les activités sont considérées comme ayant dépassé les limites de la pratique religieuse acceptable et deviennent de nature politique.
Des cas d’abus sociétaux ou de discrimination ont été signalés à l’égard de personnes à croyances religieuses différentes et de convertis de l'Islam à d'autres religions.
Le gouvernement des Etats-Unis discute régulièrement de liberté de culte avec le gouvernement du Maroc dans le cadre de sa politique générale pour promouvoir les Droits de l’Homme.
Section I. Démographie religieuse
Selon le recensement de 2004, le pays a une superficie de 172,320 miles² et une population de 34 millions d'habitants, dont 99 pour cent sont musulmans et 1 pour cent chrétiens.
D'après les dirigeants de la communauté juive du pays, la population juive est estimée entre 4.000 et 6.000 personnes, dont la majorité réside à Casablanca et est issue d'une communauté beaucoup plus grande ayant émigré pour la plupart. La taille de la communauté juive de Rabat est estimée entre 150 et 200 personnes et le reste de la population juive est dispersé à travers le pays. Il s'agit d'une population âgée pour la plupart, avec un nombre décroissant de jeunes.
La communauté chrétienne expatriée, composée de catholiques et de protestants, comprend environ 5.000 membres pratiquants, bien qu’elle s'élèverait plutôt à 25.000 selon certaines estimations. La plupart des chrétiens résident dans les zones urbaines de Casablanca et de Rabat.
La communauté baha'ie, située également dans les centres urbains, compte entre 350 et 400 personnes. Le gouvernement reconnaît la présence d’une communauté musulmane chiite, estimée à 3.000 membres.
Section II. Statut de la liberté de culte.
Cadre juridique/politique
La Constitution prévoit la liberté de pratiquer sa propre religion. L'Islam est la religion officielle de l'Etat et le Roi est le "Commandeur des Croyants et le Représentant suprême de la nation musulmane" chargé d'assurer le "respect de l'Islam".
L'Etat interdit la distribution de documentation religieuse non musulmane, bannit tout prosélytisme et tolère plusieurs petites minorités religieuses, avec divers degrés de restriction. Il supervise les activités des mosquées et pose d'autres restrictions aux musulmans et associations religieuses dont les activités sont considérées comme ayant dépassé les limites de la pratique religieuse acceptable et étant devenues de nature politique.
Selon l'article 220 du Code pénal, toute tentative d'empêcher une ou plusieurs personnes d'exercer ses croyances religieuses ou d'assister à des services religieux est illégale et peut être punie d'une peine allant de 3 à 6 mois d'emprisonnement et d'une amende de 115 à 575 Dirhams. L'article applique la même peine à "quiconque utilise des moyens incitant à ébranler la foi d'un musulman ou à le convertir à une autre religion". Toute tentative d'induire un musulman à se convertir est illégale. Les missionnaires étrangers se contentent d’exercer leur prosélytisme auprès des non musulmans ou essaient d'effectuer discrètement leur travail.
Le gouvernement cite l'interdiction du prosélytisme par le Code pénal dans la plupart des affaires où les tribunaux ont prononcé des jugements d'expulsion de missionnaires étrangers. La conversion volontaire n'est pas considérée comme un crime dans le cadre du Code pénal ou civil.
Une loi de 2002 restreignant la liberté de la presse décrète que l'expression portant atteinte à "l'Islam, à l'institution monarchique ou à l'intégrité territoriale" n'est pas autorisée et peut être punie d'emprisonnement.
Les juifs et beaucoup de communautés chrétiennes pratiquent ouvertement leurs croyances.
Une petite communauté étrangère hindouiste est autorisée à procéder librement à des crémations et à organiser des services religieux.
Les groupes religieux doivent s'inscrire pour pouvoir entreprendre des transactions financières et autres démarches comme les associations privées et les entités juridiques.
Parmi les églises et associations inscrites figurent des églises catholiques, russes orthodoxes, grecques orthodoxes, protestantes françaises, protestantes anglaises et anglicanes. Durant la période couverte par le présent rapport, aucune licence ni autorisation n'a été accordée par l'Etat pour de nouvelles religions ou de associations religieuses.
L'Etat accorde des avantages fiscaux, des terrains et des bâtiments, ainsi que des subventions et des exemptions de droits de douane sur les importations nécessaires à l’exercice des activités religieuses des principaux groupes religieux, notamment les musulmans, les juifs et les chrétiens.
Le budget annuel de l’Etat consacré à l’éducation sert aussi financer l’enseignement de l’Islam dans de nombreuses écoles publiques et celui du judaïsme dans certaines écoles publiques.
L'Etat finance également l’étude de la culture judaïque et de son héritage artistique, littéraire et scientifique. A l'Université de Rabat, les religions comparées et l'hébreu sont enseignés dans le département des études islamiques. Environ 13 enseignants donnent des cours d’hébreu à travers le pays. Le Maroc est le seul pays arabe doté d'un musée juif.
En 2008, la Bibliothèque nationale a signé un accord pour échanger ses archives pertinentes avec le Musée américain du Mémorial de l'Holocauste ; par ailleurs, les déclarations de certains responsables du gouvernement et du Directeur de la Bibliothèque nationale ont souligné l’importance accordée par le pays à la minorité juive.
L'Etat continue à encourager la tolérance, le respect et le dialogue entre les groupes religieux. Durant la période couverte par le rapport, de hauts responsables du gouvernement, notamment le Ministre des Habous et des Affaires islamiques, ont reçu des délégations américaines de leaders chrétiens et juifs. Le Maroc est membre de l’Alliance des Civilisations et d’autres groupes internationaux prônant la tolérance religieuse.
Le Ministère des Habous et des Affaires islamiques (MHAI) continue à financer des cours théologiques universitaires, dont une partie est consacrée au christianisme et au judaïsme et une autre à la formation d'hommes et de femmes comme conseillers et enseignants dans les mosquées.
Chaque année, durant le mois sacré de Ramadan, le Roi organise un colloque, réunissant des érudits religieux musulmans du monde entier, y compris des Etats-Unis, portant sur les moyens de promouvoir des interprétations religieuses modérées et pacifiques et d'encourager la tolérance et le respect mutuel au sein de l'Islam et entre les autres religions.
Les fêtes musulmanes suivantes constituent des jours fériés : Aid al-Adha, Nouvel an musulman, Naissance du Prophète Mohammad et Aid El Fitr.
D'autres groupes religieux observent leurs fêtes religieuses sans ingérence de la part des autorités de l'Etat.
Restrictions sur la liberté de culte
Le MHAI supervise ou oriente les sermons du vendredi dans les mosquées et les écoles coraniques en vue d'assurer l'enseignement de la doctrine approuvée. Les autorités suppriment parfois les activités de groupes politiques à orientation religieuse, mais tolèrent généralement celles qui se limitent à la propagation de l'Islam, à l'éducation et à la charité. L'Etat exige la fermeture des mosquées au public rapidement après les services du vendredi pour empêcher l'utilisation des locaux en vue d’activités politiques non autorisées, une règle à laquelle se conforment les mosquées. Seul l'Etat peut autoriser la construction de nouvelles mosquées, bien que la plupart soient construites avec des fonds privés. Certains rapports crédibles mentionnent occasionnellement des mosquées non autorisées ou informelles.
Le MHAI contrôle et supervise les activités des mosquées, impose des restrictions sur les activités considérées comme ayant dépassé les limites de la pratique religieuse ou qui sont devenues de nature politique, et dispense une formation religieuse aux imams. Les autorités ont déclaré que ces mesures ont éliminé l'exploitation des mosquées à des fins de propagande politique, comme la distribution de tracts et la levée de fonds pour des associations illicites.
L'Etat ne reconnaît pas Al Adl wa Ihsane, Justice et Bienfaisance (AJB), une association qui rejette l'autorité spirituelle du Roi. L'AJB plaide en faveur d'un Etat islamique, continue à organiser des manifestations politiques et à y participer et gère des sites web et ce, bien que le gouvernement ne l'autorise pas à distribuer au public ses publications. Le gouvernement a continué à interdire les réunions publiques de l'AJB pendant la période couverte par le rapport, y faisant référence comme à une association qui recourt à la religion à des fins politiques.
Les luttes continues entre le gouvernement et l'AJB se sont poursuivies pendant la période couverte par le présent rapport. En mars 2007, quatre membres de l'AJB ont été condamnés à une année de prison pour avoir participé à des rassemblements illégaux. Des sources de l'AJB ont signalé que certains membres étaient régulièrement harcelés.
Le 23 février 2008, les médias ont signalé l'arrestation de 53 membres de l'AJB à Essaouira pour avoir tenu une réunion non autorisée au domicile d'un leader régional. Les leaders du mouvement dans les régions de Marrakech, Casablanca, Mohammedia et Essaouira avaient assisté à cette réunion.
Des informateurs du gouvernement continuent à superviser les activités universitaires, notamment celles menées par des Islamistes.
En mars 2008, les médias ont signalé l'arrestation de deux touristes français en possession de Bibles et de CD et suspectés de prosélytisme à Zagora. Ils ont par la suite été autorisés à quitter le pays.
Certains membres d'organismes religieux non musulmans et non inscrits ont dû attendre de longs délais ou se sont vus refuser le reçu de résidence permanente. Les étrangers assistent aux services religieux sans aucune restriction ni crainte de représailles. Plusieurs citoyens de différentes religions pensent que le pays est enrichi par une minorité juive remontant à plusieurs siècles ; les juifs ont vécu en sécurité à travers le pays durant toute la période du rapport. Le gouvernement fournit sur demande une protection spéciale aux membres de la communauté israélite, ainsi qu'aux visiteurs et institutions israélites. Des commémorations juives annuelles se déroulent à travers le pays et des pèlerins juifs visitent régulièrement des sites sacrés.
Une petite communauté chrétienne étrangère gère des églises, des orphelinats, des hôpitaux et des écoles sans aucune restriction du gouvernement. Les missionnaires qui s'abstiennent de s'adonner au prosélytisme et se conduisent conformément aux attentes sociétales ne rencontrent aucun obstacle ; toutefois, ceux dont les activités religieuses deviennent publiques sont menacés d'expulsion.
L'Etat autorise l'exposition et la vente de Bibles en français, en anglais et en espagnol. En général, les Bibles en langue arabe sont confisquées et aucune licence pour leur importation et leur vente n’est accordée, et ce malgré l'absence de loi interdisant de tels ouvrages.
Il existe deux types de lois et de tribunaux ayant autorité pour le mariage, l'héritage et les affaires familiales—l'un pour les musulmans et l'autre pour les juifs. Conformément à la loi en vigueur, les tribunaux de famille sont administrés par les autorités musulmanes et rabbiniques qui sont des fonctionnaires des tribunaux. Le Parlement est responsable de tout changement apporté à ces lois. Les juges qui président les tribunaux musulmans de la famille sont formés en matière de Charia (loi islamique) telle qu'elle est appliquée dans le pays.
Les autorités rabbiniques gèrent les tribunaux juifs de la famille. Le Code du statut personnel s'applique à tous les citoyens non musulmans. Les chrétiens héritent selon la loi civile. Les juifs héritent conformément à la loi religieuse hébraïque, avec l'accord de l'Etat.
Le Ministère de l'Intérieur a continué à surveiller les activités de prosélytisme, en particulier dans les montagnes de l'Atlas, la région du Souss et les principales villes. Selon des rapports de presse, le Ministère des Habous et des Affaires islamiques a exprimé son inquiétude au sujet de l'activité missionnaire dans certaines zones reculées. Toujours selon les médias, le MHAI a signalé que plus de 3.000 personnes s'étaient converties au christianisme en 2007, bien que leur nombre réel soit difficile à vérifier. Aucun cas de prisonnier ou de détenu religieux n'a été signalé dans le pays.
Conversion religieuse forcée
Aucun cas de conversion religieuse n'a été signalé, notamment celui de citoyens américains mineurs ayant été enlevés ou ayant illégalement disparu aux Etats-Unis, ou celui du refus d'autoriser ces citoyens à retourner aux Etats-Unis.
Améliorations et développements positifs concernant la liberté de culte
L'Etat surveille l'extrémisme au nom de la religion et œuvre à le contrer en promouvant la tolérance religieuse.
Des citoyens musulmans étudient dans des écoles chrétiennes et juives. Une école juive à Casablanca est constituée d'une majorité d'élèves musulmans et un hôpital dirigé par la communauté juive fournit des soins aux citoyens à faible revenu, indépendamment de leur religion.
Plusieurs associations inter-cultuelles ont été créées et ont organisé des conférences à travers le pays durant la période couverte par le rapport. En février 2008, une association judéo-rifaine a été créée pour promouvoir la compréhension religieuse et lutter contre le terrorisme et l'intolérance.
Le MHAI a poursuivi les réformes lancées en 2004 pour contrer l'idéologie extrémiste et promouvoir la modération et la tolérance religieuses. Il supervise les révisions des curricula religieux nationaux et a créé un précédent en formant et en nommant des femmes comme guides spirituels dans les mosquées à travers le pays. Depuis le démarrage du programme, plus de 200 femmes ont été formées et nommées à des postes de leadership religieux. Par ailleurs, le réseau télévisé à circuit fermé du Ministère émet quotidiennement des messages et des sermons religieux approuvés à 2.000 mosquées. Le 10 février 2008, une chaîne de télévision publique a consacré son émission mensuelle "Fi Dilal Al Islam" ("A l'ombre de l'Islam") au dialogue entre l'Islam et les autres religions.
Durant la période couverte par le présent rapport, le MHAI a continué à réviser les curricula des écoles nationales pour en retirer les passages et les leçons ayant une mauvaise interprétation des extraits coraniques et pouvant inciter à la haine ou manquant de respect vis-à-vis des femmes, d'autres cultures ou d’autres religions.
La 14e édition annuelle du Festival des musiques sacrées de Fès", qui comprenait des musiciens de tradition spirituelle musulmane, chrétienne, juive, hindouiste, bouddhiste et autres, s'est déroulée du 6 au 14 juin 2008.
Section III. Abus sociétaux et discrimination
Des cas d'abus sociétaux ou de discrimination envers des personnes dont les croyances religieuses sont différentes et des convertis de l'Islam à d'autres religions ont été mentionnés. En janvier 2008, des sources de la communauté chrétienne ont signalé que plusieurs citoyens ont été harcelés par la police locale alors qu'ils essayaient d'assister à des funérailles dans une église chrétienne de Casablanca.
La liberté d'expression sur les affaires religieuses est tolérée ; cependant la société décourage les efforts publics en matière de prosélytisme. Beaucoup de musulmans considèrent la foi baha'ie comme une ramification hérétique de l'Islam et considèrent par conséquent les Baha'is comme des apostats. La plupart des membres de la communauté baha'i évitent de révéler leur appartenance religieuse ; toutefois, leur inquiétude à l’égard de leur sécurité personnelle et de leurs biens ne les empêche pas de jouer leur rôle au sein de la société et certains d’entre eux ont même de emplois au sein du gouvernement.
Les membres de la communauté berbère et d'autres citoyens, notamment certains membres de communautés religieuses non musulmanes, se sont plaints de difficultés à inscrire les noms de leurs enfants, considérés comme "non musulmans" par les autorités. La plupart ont reçu une autorisation, mais seulement après un long processus bureaucratique en appel qui a parfois duré deux ans. Suite à de longs débats dans la presse, le Ministre de l'Intérieur a déclaré qu'il n'existait officiellement aucune restriction sur les noms, mais que l'inscription de noms non traditionnels demeurait potentiellement difficile dans la pratique.
Il existe un large consensus chez les musulmans à propos des pratiques et de l'interprétation religieuses. Cependant, certains dissidents défient l'autorité religieuse du Roi et appellent à l'établissement d'un Etat plus profondément enraciné dans leur vision de l'Islam. Le gouvernement considère ces dissidences comme de nature politique plutôt que religieuse, étant donné que les critiques concernent largement l'exercice du pouvoir.
Section IV. Politique du gouvernement des Etats-Unis
Le gouvernement des Etats-Unis discute régulièrement de liberté de culte avec le gouvernement du Maroc dans le cadre de sa politique générale pour promouvoir les Droits de l'Homme. Les responsables de l'Ambassade des Etats-Unis ne se sont heurtés à aucune ingérence de la part du gouvernement marocain pour prendre des contacts avec des membres d’un quelconque groupe religieux.
Les responsables du gouvernement des Etats-Unis ont tenu régulièrement des rencontres avec des responsables religieux, notamment ceux du MHAI ainsi que de hauts responsables d’autres Ministères, des théologiens musulmans, des leaders de la communauté juive, des missionnaires chrétiens, des dirigeants des communautés chrétiennes inscrites et d'autres groupes religieux locaux, y compris des minorités musulmanes. Le gouvernement des Etats-Unis a parrainé des programmes axés sur la tolérance religieuse et la liberté de culte, basés sur le modèle américain.
Les responsables du gouvernement américain ont aussi souvent rencontré des membres de communautés religieuses pour promouvoir la tolérance et la liberté. Les responsables marocains ont activement promu et facilité des rencontres entre le MHAI et des leaders religieux américains en visite au Maroc.
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