DECLARATION DE SAMUEL L. KAPLAN
AMBASSADEUR-DESIGNE AU ROYAUME DU MAROC
COMITE DES AFFAIRES ETRANGERES DU SENAT
22 juillet 2009, 09H00
Monsieur le Président et Messieurs les membres du Comité,
C’est pour moi un insigne honneur de me présenter devant vous aujourd’hui. J’apprécie profondément la confiance que m’ont attribuée le Président Obama et la Secrétaire d’Etat Clinton en me nommant ambassadeur au Royaume du Maroc.
Mon histoire est une histoire américaine. Comme tant d’autres Américains, je viens d’une famille de la classe ouvrière. Alors qu’il était encore jeune, mon père avait fui la Russie pour échapper aux pogroms. La famille juive sépharade de ma mère était arrivée d’Espagne un siècle plus tôt pour échapper aussi à la persécution religieuse. Mes parents se sont mariés au plus fort de la période de la Dépression, et ont dû lutter pour joindre les deux bouts au cours des années qui suivirent. Pourtant, ce que j’ai retenu de mon enfance dans ce modeste foyer, c’est la chaleur et le soutien de ma famille et du voisinage et le riche héritage que cela m’a apporté.
Comme j’étais l’aîné, mes parents faisaient de grands rêves pour moi, des rêves qui sont devenus les miens. Dans ma famille, naturellement, les rêves ne se réalisaient pas si facilement ; il fallait travailler dur pour y arriver. Jeune et agressif vendeur de chaussures pour payer mes études au collège, j’ai obtenu un diplôme (bachelor) en administration des affaires, puis un diplôme de droit, à l’aide d’une bourse du collège de l’Université du Minnesota.
Le fait d’avoir été Président de la Revue de Droit du Minnesota avait été un test d’endurance, mais aussi d’intellect. Mes 48 années de pratique du droit ont été une continuation de cette période grisante.
J’ai eu une étonnante et gratifiante carrière en tant qu’avocat. J’ai également eu de nombreux autres domaines d’intérêt au-delà de la pratique du droit. Il s’agissait essentiellement du monde de la banque et du secteur des maisons de retraite et du troisième âge. Ces engagements m’ont aidé à mieux comprendre le monde des affaires et les milieux financiers et, plus particulièrement, la nature du secteur des soins de santé. Bien que chaque expérience ait été nettement différente, toutes avaient en commun le besoin d’un fort leadership.
Tout cela m’a permis, ainsi qu’à mon épouse, Sylvia, une femme aux nombreux talents et expériences, qui est aujourd’hui restauratrice, de rassembler les gens chez nous pour soutenir des causes civiques, culturelles et politiques. Notre maison est le lieu de notre communauté où des groupes disparates, grands et petits, se rencontrent pour promouvoir la cause de la justice économique et sociale.
Mes parents auraient bien entendu été fiers d’être ici aujourd’hui, ainsi que l’auraient été beaucoup de mes enseignants et mentors. Je leur dois tant à tous. J’aimerais spécialement présenter ma partenaire dans tous les domaines, mon épouse, Sylvia. D’autres membres de notre grande famille de six enfants, leurs épouses, et 13 petits-enfants sont également ici, et je leur dois tant également.
Comme l’a noté le Président dans son discours du Caire du 4 juin, le Maroc avait été le premier pays à reconnaître le nôtre. Il y a deux siècles et vingt deux ans ce mois-ci, le Congrès Continental avait ratifié un Traité de paix et d’amitié -- la plus longue relation ininterrompue basée sur un traité de l’histoire des Etats-Unis -- qui offrait certaines protections aux citoyens américains au Maroc. Si je suis confirmé, la protection des Américains et des intérêts américains au Maroc figurera parmi mes plus grandes priorités.
Nos relations de longue date ont permis de poser plusieurs jalons qui démontrent la profondeur et l’étendue de nos étroites relations. Le Maroc est un allié majeur non-OTAN, qui a aussi conclu un fructueux Accord de libre échange avec les Etats-Unis et un accord de 697,5 millions de dollars avec le Millennium Challenge Corporation (MCC) en 2007.
Le Maroc est sur la voie positive du développement, mais il doit faire face à d’importants défis. Plusieurs jeunes gens impliqués dans les attentats de Casablanca de 2003 et de Madrid l’année suivante ont grandi dans des bidonvilles marocains. Si l’Etat marocain a réussi à trouver, arrêter et condamner les cellules terroristes au fil des années, le spectre du terrorisme transnational a sensiblement augmenté dans la région. Ces faits font que le plus important pour le Maroc est de continuer à résoudre les problèmes qui poussent les jeunes à perdre foi en leur système et leurs communautés en leur offrant une meilleure éducation et des opportunités d’emploi, ainsi qu’un environnement où les Marocains ressentent qu’ils sont de véritables parties prenantes au sein de leur pays et de leur société.
Le développement continu du Maroc, et même sa stabilité, dépendent des réformes politiques, économiques et sociales chapeautées par le Roi Mohammed VI depuis son arrivée au pouvoir il ya dix ans. L’une de ses initiatives concernant le Code de la Famille a entraîné d’importants changements positifs en ce qui concerne le traitement des femmes et des enfants. Le 12 juin de cette année, les élections ont abouti à l’élection de 3.406 femmes, soit 12,4% du total des sièges des 1.500 conseils locaux à travers le Maroc. Un grand nombre de ces femmes ont appris à mener une campagne électorale dans le cadre de programmes américains. L’Accord de libre échange entre les Etats-Unis et le Maroc a permis de doubler les échanges commerciaux bilatéraux, et le MCC Compact et le travail de développement mené par l’Agence américaine pour le Développement International élargiront les opportunités de millions de Marocains pour leur permettre de sortir de la pauvreté et de jouer des rôles productifs dans l’avenir du Maroc. L’augmentation de la liberté de la presse au Maroc, dont l’un des exemples est l’ouverture au cours des dernières années d’un secteur indépendant et dynamique de la radio, garantit aussi l’appui continu à travers les initiatives de la diplomatie américaine. Notre intérêt national à long terme est de poursuivre ce partenariat efficace avec le gouvernement et le peuple marocains au moment où ils sont confrontés au défi de l’extrémisme violent, tout en faisant de grandes avancées pour une société plus démocratique, plus transparente et plus inclusive respectant les droits de l’homme.
Le Maroc voit que son avenir dépend du développement de la région. Accroître les échanges entre les pays d’Afrique du Nord pourrait aboutir à des niveaux plus élevés de développement économique, qu’ils ne pourraient pas réaliser tous seuls. Améliorer la coopération entre eux peut les aider à mieux aborder l’immigration clandestine, de la traite des personnes et de l’extrémisme. Cependant, l’un des obstacles majeurs au renforcement de la coopération entre les pays d’Afrique du Nord a été la question du Sahara occidental. Si je suis confirmé en tant qu’Ambassadeur au Maroc, j’appuierai les efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour travailler avec le Maroc et d’autres parties de la région en vue d’une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable. Si je suis confirmé, je poursuivrai les efforts que nous déployons pour promouvoir le partenariat, élargir les exportations des Etats-Unis, promouvoir les droits de l’homme, contrer l’extrémisme, renforcer la coopération militaire et le maintien de la paix, et bien entendu, protéger Américains vivant à l’étranger.
Enfin, je voudrais exprimer mon humilité d’avoir été nommé pour travailler dans un pays musulman qui a une histoire de tolérance à l’égard des peuples d’autres religions. En tant que juif américain, je comprends l’importance de l’initiative du Président Obama de chercher un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, et je crois que le Maroc est un pays idéal pour poursuivre davantage l’effort de trouver d’autres terrains d’entente. Si je suis confirmé, je ferai tout mon possible pour mieux approfondir nos relations avec cet allié stratégique, ce partenaire majeur et cet ami durable.
Je vous remercie Monsieur le Président et les membres du Comité, de m’avoir donné cette opportunité de m’adresser à vous. Toutes vos questions sont les bienvenues.


